Reconnaître les nuages : les dix genres de l'Atlas international et le temps qu'ils annoncent

Avant les satellites et les modèles numériques, le ciel était le seul bulletin disponible. Il reste lisible : quelques minutes d'observation suffisent pour savoir si une perturbation approche, si une averse se prépare ou si la grisaille du matin va tenir toute la journée. Encore faut-il mettre un nom sur ce que l'on voit. La classification internationale des nuages, plus simple qu'elle n'en a l'air, tient en trois étages et dix genres.
Une classification née d'un pharmacien amateur
Les noms latins des nuages viennent de Luke Howard, pharmacien londonien et météorologue amateur, qui publie en 1803 un essai sur les « modifications des nuages ». Il y distingue trois formes de base : le cirrus (la mèche, le filament), le cumulus (le tas) et le stratus (la couche), qu'il combine entre elles, et ajoute le nimbus pour le nuage qui donne de la pluie. Son système a été repris, complété et normalisé par les services météorologiques. Sa version de référence est aujourd'hui l'Atlas international des nuages de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), consultable en ligne depuis sa refonte de 2017 (Atlas international des nuages).
L'Atlas classe chaque nuage par genre, puis par espèce et variété, à la manière des naturalistes. Pour l'observation courante, le genre suffit.
Trois étages
Les genres se répartissent selon l'altitude de leur base. Pour les régions tempérées comme la nôtre, l'Atlas donne des fourchettes approximatives qui se chevauchent : l'étage inférieur va de la surface à environ 2 kilomètres, l'étage moyen d'environ 2 à 7 kilomètres, l'étage supérieur d'environ 5 à 13 kilomètres. La différence d'altitude se traduit par une différence de matière : les nuages élevés sont faits de cristaux de glace, les nuages bas surtout de gouttelettes d'eau, les nuages moyens d'un mélange des deux.
À l'œil, la règle pratique est simple : plus un nuage est haut, plus ses détails paraissent fins et plus il semble se déplacer lentement.
Les dix genres, de haut en bas
- Cirrus
- Filaments blancs et soyeux, en mèches, en crochets ou en virgules, souvent appelés « queues de chat ». Ils ne donnent pas de précipitations au sol. Isolés et immobiles, ils n'annoncent rien de particulier ; de plus en plus nombreux, venant de l'ouest, ils sont souvent l'avant-garde d'une perturbation.
- Cirrocumulus
- Très petits flocons ou grains blancs, sans ombre propre, disposés en rangées ou en ondulations. C'est l'un des deux nuages du « ciel pommelé ». Ils sont rares et durent peu.
- Cirrostratus
- Voile blanchâtre, fin et transparent, qui peut couvrir tout le ciel sans masquer le soleil. Son signe distinctif est le halo, un cercle lumineux autour du soleil ou de la lune, produit par la réfraction de la lumière dans les cristaux de glace.
- Altocumulus
- Bancs ou nappes de galets arrondis, blancs ou gris, avec des parties ombrées, plus gros que ceux du cirrocumulus. C'est le « ciel pommelé » du dicton « ciel pommelé, femme fardée, ne sont pas de longue durée » : il précède souvent un changement de temps. Les altocumulus en forme de tours ou de créneaux, observés un matin d'été, signalent une atmosphère instable propice aux orages de l'après-midi.
- Altostratus
- Couche grisâtre ou bleuâtre, striée ou uniforme, qui couvre tout ou partie du ciel. Le soleil y apparaît comme à travers un verre dépoli, sans halo. Un cirrostratus qui s'épaissit en altostratus est l'un des signes les plus fiables d'une pluie prochaine.
- Nimbostratus
- Couche grise et sombre, assez épaisse pour masquer complètement le soleil, d'où tombe une pluie ou une neige continue. Sa base est basse et floue, souvent mêlée de lambeaux déchiquetés. C'est le nuage des journées de pluie régulière d'automne et d'hiver.
- Stratocumulus
- Nappe de gros rouleaux ou de galets gris, souvent soudés, avec des trouées de ciel bleu. On le voit très souvent dans les ciels gris de l'Aisne, notamment sous un anticyclone d'hiver, où il peut stagner plusieurs jours. Il ne donne en général que de faibles précipitations.
- Stratus
- Couche grise uniforme et basse, sans relief, qui peut accrocher les collines et le haut des clochers. C'est souvent un brouillard qui s'est soulevé, comme on le voit le matin dans les vallées de l'Oise et de l'Aisne. Il donne de la bruine, jamais d'averse.
- Cumulus
- Nuages séparés, aux contours nets et aux sommets bourgeonnants en chou-fleur, à la base plate et sombre. Les petits cumulus de beau temps naissent en fin de matinée avec le réchauffement du sol et se dissipent le soir. Lorsqu'ils grossissent vite et montent haut dès la fin de matinée, la suite est à surveiller.
- Cumulonimbus
- Nuage dense et énorme, en forme de montagne ou de tour, dont le sommet s'étale souvent en enclume fibreuse. C'est le nuage de la foudre, des averses violentes et de la grêle. Il est traité en détail dans notre article sur les orages et la grêle.
Trois genres débordent de leur étage. L'Atlas range le nimbostratus dans l'étage moyen alors que sa base descend souvent très bas, et le cumulus et le cumulonimbus dans l'étage inférieur alors que leur sommet peut monter bien plus haut. Pour l'observateur, l'essentiel est de les reconnaître.
Lire l'arrivée d'une perturbation
La plupart des pluies de l'Aisne arrivent de l'Atlantique avec une perturbation. Son approche s'écrit dans le ciel de haut en bas, souvent plusieurs heures à l'avance, dans un ordre qui varie peu :
- des cirrus de plus en plus nombreux venant de l'ouest ou du sud-ouest ;
- un voile de cirrostratus, avec parfois un halo autour du soleil ou de la lune ;
- un altostratus qui s'épaissit, le soleil devenant une tache pâle puis disparaissant ;
- la base des nuages qui s'abaisse, le nimbostratus, et la pluie continue.
Pendant ce temps, la pression baisse. Une station amateur qui enregistre la tendance barométrique confirme ce que montre le ciel : le baromètre et les nuages racontent la même histoire, l'un en chiffres, l'autre en images. Après le passage du front froid, le ciel se dégage souvent par l'ouest en laissant place à des cumulus bien découpés et à des averses, parfois de grésil, dans un air plus frais.
Les limites de l'observation
Le ciel informe sur les heures à venir, rarement au-delà. Un ciel pommelé ou un halo ne sont pas suivis de pluie à chaque fois : la perturbation peut passer plus au nord ou se désagréger. Les orages d'été, eux, se forment parfois très vite à partir de cumulus anodins. Pour décider d'une sortie, d'un traitement au jardin ou d'un épandage, l'observation complète la prévision sans la remplacer ; notre guide pour lire une prévision météo explique comment interpréter les probabilités et l'indice de confiance.
Deux pièges reviennent souvent. Les traînées de condensation des avions, persistantes quand l'air en altitude est humide, peuvent s'étaler en voile et ressembler à des cirrus : l'Atlas de 2017 leur a d'ailleurs donné un nom propre. Et un brouillard vu d'en haut, depuis les hauteurs du Laonnois par exemple, n'est rien d'autre qu'un stratus posé au sol, comme l'explique notre article sur le brouillard, le givre et le verglas.
Observer et noter
Pour progresser, rien ne vaut un carnet ou une photo quotidienne prise à la même heure et dans la même direction, avec le genre de nuage, la direction d'où ils viennent et le temps observé quelques heures plus tard. Au bout de quelques semaines, on reconnaît les enchaînements propres à son coin de département. Les photos de l'Atlas, classées par genre, servent de référence en cas de doute ; elles sont d'autant plus utiles que les nuages réels mélangent souvent plusieurs genres dans un même ciel.
Sources
- Organisation météorologique mondiale, Atlas international des nuages, édition en ligne de 2017 : définitions des genres, étages et altitudes approximatives pour les régions tempérées.
- Luke Howard, On the Modification of Clouds, Londres, 1803.
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