Saisons et jardin

Les « mauvaises herbes » du jardin : reconnaître la flore spontanée et savoir quoi en faire

Saisons et jardin · Publié le 2026-10-20

Gros plan sur du mouron des oiseaux, petite plante rampante aux feuilles ovales et aux minuscules fleurs blanches étoilées
Mouron des oiseaux (Stellaria media). Photo : Kaldari, via Wikimedia Commons, CC0.

On les appelle « mauvaises herbes », les botanistes préfèrent « plantes spontanées » ou « adventices ». Elles poussent sans avoir été semées, souvent plus vite que les légumes, et leur présence en dit long sur le sol, l'humidité et la façon dont le jardin est travaillé. Les reconnaître est la première étape pour décider lesquelles tolérer, lesquelles arracher, et comment s'y prendre sans produit chimique.

Ce que disent les plantes spontanées

Chaque espèce a ses préférences. Certaines indiquent un sol riche en azote, d'autres un sol tassé, humide ou acide. Ces « plantes bio-indicatrices » ne remplacent pas une analyse de sol, mais elles orientent : un massif envahi d'orties et de mouron est un sol fertile et frais ; un sol couvert de renoncules rampantes est souvent humide et compacté.

Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter, utiliser ni stocker de pesticides chimiques de synthèse pour leur jardin, en application de la loi Labbé. Le désherbage passe donc par des méthodes mécaniques et préventives : arrachage, binage, paillage, couverts végétaux, et une certaine tolérance pour les plantes qui ne gênent pas.

Règle d'or

Intervenir avant la montée en graines. Une seule plante de mouron ou de galinsoga peut produire des milliers de graines, qui restent viables plusieurs années dans le sol.

Dix-sept plantes à reconnaître

Alliaire officinale Alliaria petiolata

Feuilles en cœur, dentées, qui sentent l'ail quand on les froisse ; petites fleurs blanches à quatre pétales au printemps. Elle aime les lisières et les pieds de haie ombragés. Ses jeunes feuilles se consomment. Facile à arracher avant la floraison.

Galinsoga Galinsoga parviflora, G. quadriradiata

Originaire d'Amérique, elle envahit les potagers bien travaillés et riches de l'été à l'automne. Petites fleurs à cœur jaune et à cinq minuscules ligules blanches. Cycle très court : elle peut produire plusieurs générations par an. Biner tôt et pailler.

Grande ortie Urtica dioica

Vivace à poils urticants, signe d'un sol très riche en azote. Elle nourrit les chenilles de nombreux papillons (paon-du-jour, vulcain, petite tortue). On peut lui réserver un coin du jardin, l'utiliser en purin ou en soupe, et arracher ses rhizomes jaunes là où elle gêne.

Achillée millefeuille Achillea millefolium

Feuilles très découpées, plumeuses, et ombelles de petites fleurs blanches ou rosées en été. Vivace, elle supporte la sécheresse et le piétinement, et se plaît dans les pelouses peu tondues. Elle attire les insectes auxiliaires : souvent, elle mérite d'être gardée.

Mouron des oiseaux Stellaria media

Petite plante rampante aux tiges tendres, feuilles ovales opposées et minuscules fleurs blanches étoilées, présente presque toute l'année. Signe d'un sol riche et frais. Elle forme un tapis qui protège le sol en hiver ; on l'arrache facilement à la main, et elle est comestible.

Lamier pourpre Lamium purpureum

Tiges carrées, feuilles supérieures teintées de pourpre et petites fleurs roses en fin d'hiver et au printemps. Il ne pique pas, contrairement à l'ortie qu'il rappelle. Précieux pour les premiers bourdons ; annuel, il s'élimine en binant avant la fructification.

Fumeterre officinale Fumaria officinalis

Feuillage très découpé, gris-bleuté, et grappes de petites fleurs roses à pointe pourpre foncé. Annuelle des sols cultivés, légers et riches. Elle s'arrache facilement mais germe par vagues : pailler les planches entre deux cultures.

Renoncules Ranunculus repens, R. acris

Fleurs jaune brillant à cinq pétales. La renoncule rampante colonise les sols humides et tassés grâce à ses stolons qui s'enracinent. Toxiques fraîches pour le bétail. Améliorer le drainage et décompacter le sol limite leur progression ; arracher avec les stolons.

Oxalis Oxalis spp.

Feuilles en trèfle, fleurs jaunes ou roses selon les espèces. Certaines se multiplient par de petits bulbilles qui se détachent à l'arrachage, ce qui les rend tenaces dans les potées et les massifs. Retirer la motte entière et ne pas composter les bulbilles.

Lierre terrestre Glechoma hederacea

Tiges rampantes, feuilles rondes crénelées, petites fleurs violettes au printemps, odeur aromatique. Il aime l'ombre et les sols frais, sous les haies et dans les pelouses ombragées. Il protège le sol ; on le contient en arrachant les tiges rampantes.

Géranium herbe-à-Robert Geranium robertianum

Feuilles très découpées, tiges souvent rougeâtres, petites fleurs roses, odeur forte au froissement. Fréquent au pied des murs et à l'ombre. Facile à arracher, il est rarement envahissant dans un potager.

Véroniques Veronica persica, V. hederifolia

Petites plantes basses à fleurs bleues de fin d'hiver et de printemps. La véronique de Perse, d'origine asiatique, est l'une des adventices les plus communes des cultures. Superficielles, elles s'éliminent au binage et couvrent le sol nu en hiver.

Bourse-à-pasteur Capsella bursa-pastoris

Rosette de feuilles au ras du sol, tige florale portant de petites fleurs blanches puis des fruits triangulaires en forme de bourse. Fleurit presque toute l'année. L'arracher avant que les fruits ne mûrissent.

Trèfles Trifolium repens, T. pratense

Feuilles à trois folioles, fleurs blanches ou roses en boules. Légumineuses, ils fixent l'azote de l'air grâce aux bactéries de leurs racines et enrichissent le sol. Dans une pelouse, ils restent verts en été quand le gazon jaunit : beaucoup de jardiniers les gardent volontairement.

Euphorbe des jardins Euphorbia peplus

Petite annuelle vert clair aux feuilles ovales et aux inflorescences discrètes. Comme toutes les euphorbes, elle contient un latex blanc irritant pour la peau et les yeux : porter des gants pour l'arracher. Elle germe dans les sols nus et riches.

Liseron des champs Convolvulus arvensis

Tiges volubiles qui s'enroulent autour des cultures, fleurs en entonnoir blanches ou roses. Ses racines profondes et cassantes repartent à partir du moindre fragment : c'est l'une des plantes les plus difficiles à éliminer. Arracher régulièrement les pousses pour épuiser les racines et pailler épais.

Euphorbe épurge Euphorbia lathyris

Grande plante bisannuelle au port géométrique, feuilles opposées en croix, souvent appelée « herbe à taupe » car on lui prête la réputation d'éloigner les taupes, sans preuve solide. Toute la plante est toxique et son latex irritant. Gants obligatoires, et éviter les jardins fréquentés par de jeunes enfants.

Gérer sans désherbant

La météo joue un grand rôle : les levées d'adventices suivent les pluies, et un paillage bien posé protège aussi le sol pendant les sécheresses estivales. Nos conseils sur la sécheresse au jardin et notre calendrier du potager dans l'Aisne complètent ce guide.

Sources