Sécheresse au jardin : restrictions d'eau, arrosage raisonné et paillage dans l'Aisne

Longtemps, la sécheresse semblait réservée au sud de la France. Les étés 2018, 2019, 2020 et 2022 ont montré qu'elle concernait aussi les Hauts-de-France : pelouses grillées, potagers à la peine, arrêtés préfectoraux de restriction d'eau dans l'Aisne. Jardiner avec moins d'eau devient une compétence de base, qui passe autant par le sol que par l'arrosoir.
Les restrictions d'eau : qui décide et comment s'informer
En période de sécheresse, le préfet peut limiter les usages de l'eau par arrêté, sur la base de l'état des cours d'eau et des nappes. Le dispositif comporte quatre niveaux de gravité :
- Vigilance
- Information et incitation aux économies d'eau.
- Alerte
- Premières restrictions : arrosage des jardins interdit à certaines heures, lavage des voitures limité, remplissage des piscines encadré.
- Alerte renforcée
- Restrictions plus fortes : plages horaires d'arrosage réduites, certains usages interdits.
- Crise
- Seuls les usages prioritaires sont permis : santé, sécurité civile, eau potable, salubrité.
Les restrictions s'appliquent par zone, selon les bassins, et diffèrent pour les eaux de surface et les eaux souterraines. Le plus simple pour connaître les règles applicables à son adresse est le site public VigiEau, qui indique le niveau en vigueur et les mesures détaillées. L'eau de pluie récupérée dans une cuve n'est généralement pas concernée par les interdictions d'arrosage, mais il vaut mieux vérifier l'arrêté.
Les arrêtés prévoient souvent des règles particulières pour les potagers, avec des plages horaires d'arrosage autorisées, le soir ou la nuit, plutôt qu'une interdiction totale. Le détail varie selon le niveau et le département.
Arroser moins, mais mieux
- Arroser le soir ou tôt le matin, quand l'évaporation est la plus faible ; c'est souvent la seule plage autorisée en période de restriction.
- Arroser au pied, pas sur le feuillage : l'eau va aux racines, et les maladies comme le mildiou se développent moins.
- Arroser copieusement et moins souvent : un arrosage abondant tous les trois ou quatre jours pousse les racines à descendre, alors qu'un petit arrosage quotidien les maintient en surface.
- Utiliser le goutte-à-goutte ou les tuyaux microporeux, qui apportent l'eau lentement là où elle sert.
- Regarder le pluviomètre : un cumul de 5 millimètres après un orage ne remplace pas un arrosage, mais 20 millimètres d'une pluie régulière, si. Notre guide pour mesurer la pluie aide à interpréter ces chiffres.
Le paillage, premier geste anti-sécheresse
Couvrir le sol d'une couche de matière organique limite l'évaporation, garde le sol plus frais, freine la levée des mauvaises herbes et nourrit la vie du sol en se décomposant. L'ADEME le recommande aussi comme moyen de valoriser les déchets verts du jardin sur place, plutôt que de les apporter en déchetterie.
- Matériaux : tontes de gazon séchées, feuilles mortes, paille, broyat de branches, compost mi-mûr.
- Épaisseur : quelques centimètres pour les tontes, qui fermentent en couche épaisse ; davantage pour la paille ou le broyat.
- Quand : sur un sol déjà humide et réchauffé, après une bonne pluie ou un arrosage, plutôt qu'au tout début du printemps où il garderait le froid.
Le paillage est aussi l'une des meilleures armes contre les adventices, comme nous l'expliquons dans notre guide des « mauvaises herbes ».
Récupérer l'eau de pluie
Une cuve raccordée à une descente de gouttière permet de stocker l'eau de pluie de l'hiver et du printemps pour l'été. Un toit reçoit, à chaque millimètre de pluie, environ un litre par mètre carré de surface au sol : une toiture de 80 mètres carrés recueille donc environ 80 litres par millimètre, moins les pertes. L'eau de pluie convient très bien à l'arrosage. Son usage à l'intérieur de la maison, pour les toilettes ou le lavage des sols, est encadré par la réglementation et suppose un réseau séparé et déclaré.
Adapter le jardin
- Choisir des variétés et des espèces adaptées : plantes vivaces méditerranéennes en massif, légumes à enracinement profond, variétés tolérantes à la chaleur.
- Améliorer le sol : un sol riche en matière organique retient beaucoup plus d'eau. Apports réguliers de compost et couverture permanente sont les deux leviers.
- Ombrer : voiles d'ombrage sur les salades en été, haies brise-vent qui réduisent le dessèchement.
- Accepter une pelouse jaune : le gazon entre en dormance en été et reverdit avec les pluies d'automne. L'arroser est rarement indispensable.
La sécheresse et la maison
Les sécheresses estivales ont aussi un effet moins visible : le retrait des sols argileux, qui fissure les maisons aux fondations peu profondes. Cette exposition se vérifie sur Géorisques, et c'est un point à regarder avant d'acheter, comme nous l'expliquons dans notre guide pour choisir son logement selon le climat local. Pour organiser le potager au fil de l'année, voyez notre calendrier du potager.
Reconnaître le stress hydrique
Les plantes signalent le manque d'eau avant de dépérir. Les feuilles des courges et des courgettes s'affaissent aux heures chaudes : si elles se redressent le soir, la plante gère ; si elles restent molles le matin, elle a soif. Les salades montent en graines, les haricots perdent leurs fleurs, les tomates présentent parfois une tache noire à la base du fruit, souvent liée à une alimentation en eau irrégulière.
Le meilleur indicateur reste le sol lui-même. En enfonçant un doigt ou une petite tarière sur une dizaine de centimètres, on voit si la terre est encore fraîche en profondeur malgré une surface sèche. Une surface croûtée qui laisse ruisseler l'eau d'arrosage gagne à être griffée légèrement avant d'arroser : selon l'adage des jardiniers, un binage vaut deux arrosages, car il casse la croûte et limite la remontée de l'eau par capillarité.
Sources
- VigiEau, ministère de la Transition écologique, restrictions d'eau en vigueur par adresse : vigieau.gouv.fr.
- Ministère de la Transition écologique, guide de mise en œuvre des mesures de restriction des usages de l'eau en période de sécheresse, 2023.
- Préfecture de l'Aisne, arrêtés cadres sécheresse.
- ADEME, guide « Jardiner au naturel » et fiches sur le paillage et la gestion des déchets verts.
- Décret n° 2024-796 et arrêté du 12 juillet 2024 relatifs aux usages domestiques d'eaux impropres à la consommation humaine, dont l'eau de pluie, applicables depuis le 1er septembre 2024 (ils remplacent l'arrêté du 21 août 2008), Légifrance.
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