Saisons et jardin

Gelées tardives et saints de glace : quand planter sans risque dans l'Aisne

Saisons et jardin · Publié le 2026-10-21

Feuilles de trèfle couvertes de cristaux de gelée blanche au petit matin
Gelée blanche sur du trèfle. Photo : WillMatt4, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

« Avant les saints de glace, pas de tomates dehors » : le dicton est connu de tous les jardiniers picards. Il repose sur une réalité climatique : dans l'Aisne, des gelées peuvent encore survenir en avril et parfois en mai, alors que la végétation est déjà bien partie. Le réchauffement ne supprime pas ce risque ; en avançant le débourrement, il le rend même parfois plus dommageable.

Les saints de glace : un repère, pas une règle

Les saints de glace sont fêtés les 11, 12 et 13 mai : saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais. La tradition veut que ces jours marquent la fin des gelées. Ils ont surtout une valeur de repère : statistiquement, la probabilité de gelée sous abri devient faible dans le nord de la France après la mi-mai, mais elle n'est pas nulle avant, et les gelées peuvent aussi bien cesser début avril certaines années.

Il n'existe pas de vague de froid régulière autour de ces dates. Le dicton résume plutôt une observation empirique : tant que l'on n'a pas dépassé la mi-mai, une nuit claire et calme après le passage d'un air froid peut suffire à geler les plantes sensibles.

Comment se forme une gelée de printemps

La gelée blanche, ou gelée radiative

C'est la plus fréquente au printemps. Par nuit claire et sans vent, le sol et les plantes perdent leur chaleur par rayonnement vers le ciel. L'air au contact du sol se refroidit fortement, alors que l'air un peu plus haut reste plus doux. Résultat : l'abri météo, à 1,5 mètre, peut afficher 2 ou 3 °C pendant que l'herbe et les jeunes plants descendent sous 0 °C. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur le brouillard, le givre et le verglas.

La gelée advective

Plus rare au printemps, elle est due à l'arrivée d'une masse d'air froid, souvent avec du vent de nord ou de nord-est. Elle touche de vastes zones et les protections légères y résistent mal.

Les fonds de vallée gèlent d'abord

L'air froid, plus dense, s'écoule vers les points bas. Les jardins situés au fond des vallées de l'Oise, de l'Aisne, de la Serre ou dans les petits vallons du Soissonnais gèlent plus souvent et plus fort que ceux des coteaux et des plateaux. Un mur, une haie en bas de pente peut aussi retenir une « poche de froid ».

Les plantes les plus sensibles

Les légumes de printemps (pois, fèves, radis, épinards, laitues rustiques, choux) supportent en revanche de petites gelées.

Anticiper

Protéger une nuit de gelée

Le réchauffement ne supprime pas les gelées

Les données de Météo-France montrent une baisse du nombre annuel de jours de gel dans le nord de la France. Mais les températures plus douces de fin d'hiver font débourrer et fleurir la végétation plus tôt. Une gelée en avril, banale autrefois, frappe alors des plantes déjà en fleur. Les gelées d'avril 2021, qui ont touché vignes et vergers dans une grande partie de la France, en sont l'exemple récent le plus marquant. Le printemps reste donc une saison à surveiller.

Pour organiser semis et plantations au fil de l'année, voyez notre calendrier du potager dans l'Aisne.

Ce que mesure une station pour le jardinier

Pour suivre le risque de gelée, deux mesures se complètent. La température sous abri, à 1,5 mètre, est celle des bulletins et des normales. La température au ras du sol, dite minimale à 10 centimètres ou « au-dessus du gazon », est celle que subissent les semis et les jeunes plants ; Météo-France la mesure dans certaines de ses stations. Par nuit claire, l'écart entre les deux dépasse souvent plusieurs degrés.

Un jardinier équipé d'une station peut ajouter une sonde près du sol et noter, chaque printemps, la date de la dernière gelée sous abri et au sol. Au fil des années, ce carnet donne une idée bien plus juste du risque dans son propre jardin que n'importe quelle date de calendrier, en particulier dans les fonds de vallée.

Sources